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Garance Navarro-Ugé - “Éclairer le monde, questionner l'oppression: être enseignante et chercheuse à l’ULB”
L’enseignement et la recherche offrent l’occasion d’explorer les questions qui nous animent. La professeure Garance Navarro-Ugé contribue à éclairer le monde qui nous entoure et s’interroge sur la question d’un droit de résistance à l’oppression.
Depuis quand es-tu à l’ULB ? Que fais-tu au sein de la Faculté de droit et de criminologie ?
Depuis février 2026, je suis professeure de méthodologie et d’épistémologie juridiques. Je mène des recherches à l’intersection du droit et de la philosophie d’où mon intégration au sein du Centre Perelman.
Quel a été ton parcours professionnel ?
J’ai soutenu ma thèse de doctorat en co-direction entre la Faculté de droit de l’Université Paris 1 et l’École des hautes études en sciences sociales (IRJS et CESPRA).
Durant mes années doctorales, j’ai enseigné le droit constitutionnel (institutionnel et contentieux), administratif, des libertés fondamentales, la méthodologie, le droit de la responsabilité scolaire et la préparation aux épreuves du barreau ; ceci dans plusieurs universités françaises: Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Paris 2 Assas, Nanterre, Bretagne-Sud, au sein du Master Science en commun et Anthropocène de l’École Strate de Lyon.
J’ai conduit une partie de mes recherches à l’Université de Montréal (CRDP), principalement concernant la théorie critique et l’interdisciplinarité, puis, j’ai assuré deux années d’assistance d’enseignement et de recherche à Nanterre. Ensuite, j’ai été résidente du programme ARTS de la ville de Lille afin d’explorer la question de l’appréhension des droits fondamentaux par les enfants en milieu scolaire.
Après une qualification en droit public et en philosophie par le Conseil national des universités français, j’ai poursuivi la recherche au sein de l’Institut universitaire européen à Florence, avant de rejoindre l’ULB.
Pourquoi l'ULB ?
Je n’ai pas la prétention d’avoir percé les mystères des recrutements académiques me permettant d’être admise ici plutôt qu’ailleurs. Toutefois, cela n’enlève rien à ma joie et ma reconnaissance d’être aujourd’hui enseignante et chercheuse à l’ULB (plutôt qu’ailleurs). En effet, je partage avec l’ULB les objectifs de défense de l’indépendance de la raison, d’éducation aux valeurs démocratiques et de solidarité et un fort attachement à l’argumentation et à la pensée critique. Plus concrètement, je suis très heureuse d’enseigner la méthodologie et l’épistémologie juridiques, en auditoire, ce qui n’est pas courant dans les universités que j’ai fréquentées auparavant. Transmettre des outils conceptuels et rédactionnels pour construire une pensée personnelle contribuant à éclairer le monde qui nous entoure et à déconstruire les facteurs de domination représente un enjeu majeur dans la société contemporaine et la possibilité d’y participer par une pratique pédagogique donne tout son sens à mon travail.
En ce sens, je partage le point de vue de l’importance d’un enseignement juridique qui dépasse l’analyse unique du droit positif et qui s’ouvre, dès la première année de bachelier, à la philosophie et aux sciences sociales.
Quel était le sujet de ta thèse de doctorat ?
J’ai étudié la théorie du droit social (une conception sociologique du droit) proposée par le sociologue et philosophe Georges Gurvitch (1894-1965). En premier lieu, il s’agit d’expliquer et critiquer sa pensée dans son contexte puis, en second lieu, de montrer l’intérêt de son système méthodologique et théorique pour la science du droit contemporaine. Plus précisément, cette pensée se situe dans le champ du pluralisme et de l’autogestion juridiques, recherchant les possibilités d’un droit fondé sur des rapports sociaux non-hiérarchiques et naissant spontanément dans la société, devenant alors source de droit.
Quels sont les thèmes de recherche qui te passionnent ?
Depuis les deux mémoires de recherche que j’ai réalisé en Master 2 (Master 2 Droit constitutionnel et droits fondamentaux à Paris 1 et Master 2 Etudes politiques à l’EHESS), je m’intéresse aux liens entre science du droit et (autres) sciences sociales.
Aujourd’hui, je situe mes travaux dans le champ de la recherche juridique fondamentale, en tant que réflexion sur ce qu’est le droit, ce qu’est la science du droit, ses méthodes, ses limites et ses potentialités. Plus précisément, je me situe dans le cadre théorique du pluralisme juridique qui estime que les formes juridiques spontanées et non-étatisées font partie du champ de recherche de la science du droit. Mon axe de recherche actuel se situe dans l’analyse des discours produit par des groupes sociaux ayant un objet environnemental, tels les Soulèvements de la terre, en observant leur dimension constituante. Par ce prisme, c’est aussi la question de la pratique sociale d’un droit de résistance à l’oppression qui est explorée.
Depuis que tu as soutenu ta thèse, est-ce que tu as eu la possibilité de la publier ? Quels sont les défis auxquels tu as été confronté ?
Le premier défi est financier et j’ai donc recherché des moyens de financement en soumettant ma thèse à des concours et prix ouvrant ce droit. J’ai finalement obtenu un accessit auprès des éditions de l’Institut de recherche juridique de la Sorbonne. La publication est en cours.
Quelles seront tes prochaines publications ?
Je participe à l’ouvrage collectif dirigé par la Fondation pour les Sciences sociales sur le thème « Crises d’avenir, crise narrative » qui sera publié dans le courant de l’année 2027. Il en va de même concernant ma thèse intitulée L’idée du droit social de Georges Gurvitch : la société comme source de droit et d’un article sur l’esprit de résistance dans la Constitution française de 1946. D’autres projets d’écriture sont en cours mais je n’ai pas encore une vue précise sur les dates de publication.
Publications récentes
- « Le droit relationnel de la société », in G. BLIGH, E. JEULAND (dirs), Conceptions relationnelles du droit. Perspectives fécondes, approches hétérogènes, IRJS édition, à paraitre
- « La démocratie et les groupes sociaux environnementaux: le cas des Soulèvements de la terre », Actes du Colloque de la Société française du droit de l’environnement 2025, Mare et Marin, à paraitre
- « L’environnement du droit. Réflexion épistémologique depuis une matrice disciplinaire juridique », in C. LEGENDRE, F. GEA, F. OST (dirs.), Usages, fonctions et finalités du droit, Larcier-Interscientia, 2026.
- « Le pluralisme juridique, le juge et le contentieux climatique. Une analyse pluraliste de L’affaire du Siècle et Commune de Grande-Synthe », Cahiers de méthodologie juridique - Revue de la recherche juridique – Droit prospectif, Presses Universitaires Aix-Marseille, n°37, 2024-3, pp. 1513-1530
- « Analyse de l’article 6 de la Charte de l’environnement au regard de la proposition citoyenne de limitation des vols intérieurs », co-écrit avec Me B. Cottet-Emard, Barreau de Lyon, Revue des Droits de l’Homme, n°27, 2025
- « Les communs en tant que théorie du droit », in A. ZABALZ et G. TOUZAIN dirs.), Quel(s) statut(s) pour les biens communs ?, Dalloz, « Thème et Commentaire », 2024, pp. 59-73.
- « La liberté d’association ou l’effectivité des droit fondamentaux », Revue du droit public et de la science politique en France et à l’étranger, n°3, 2024, pp. 77-85.
Mis à jour le 9 septembre 2026