Dans la même rubrique
-
Partager cette page
Quand la sociologie, le politique et le droit se rencontrent: le parcours de Daniela Trucco
Docteure en science politique entre Gênes et Nice, puis chercheuse postdoctorale à l’École française de Rome, Daniela Trucco cultive depuis toujours le dialogue entre disciplines. C’est cette approche croisée qu’elle met aujourd’hui en œuvre au quotidien dans ses recherches à la Faculté.
Daniela, pourrais-tu te présenter ?
Avec plaisir. Je suis une chercheuse en sociologie du droit et du politique. J’ai rejoint la Faculté de droit et de criminologie de l’ULB, et plus précisément le Centre de droit public et social (CDPS), en septembre 2023 après un parcours qui s’était jusque-là déroulé principalement en France et en Italie.
J’ai réalisé une thèse en science politique à l’Université de Gênes et à l’Université de Nice. Ma thèse mettait en œuvre une sociologie critique et empirique du droit de la nationalité italienne : j’avais notamment enquêté auprès de jeunes descendants d’immigrés concernés par l'acquisition de la nationalité italienne à la majorité, puis au sein d’associations et collectifs militant pour une réforme plus progressiste de ce code et enfin à l'intérieur d'une administration locale en charge de la mise en œuvre de ce droit.
À la suite de ma thèse, aux côtés de nombreuses activités d’enseignement, j’ai poursuivi deux lignes de recherche principales.
D’une part, j’ai continué à travailler sur la naturalisation et l’accès aux statuts juridiques, notamment dans le cadre d’une bourse postdoctorale de trois ans à l’École française de Rome.
D’autre part, encouragée par ce que j’avais pu observer au quotidien lorsque je franchissais la frontière entre mes deux établissements de thèse, j’ai investi les territoires frontaliers comme des lieux où les rapports différenciés au droit et les usages sociaux du droit se donnent à voir plus qu’ailleurs. J’ai ainsi réalisé une longue ethnographie à la frontière franco-italienne des Alpes Maritimes, que j’ai ensuite confrontée à d’autres régions frontalières. Le projet postdoctoral qui m’a conduit ici, notamment, s’intéresse au rapport entre droits et mobilisations et considère conjointement ce premier terrain mieux connu et la portion plus septentrionale de la frontière franco-belge.
Quel poste occupes-tu actuellement ?
Je suis chargée de recherches au F.R.S.- FNRS. Mon mandat avait été établi en 2021 mais j’avais pu profiter de la possibilité qui était offerte à ce moment – des changements s’appliquent à partir de l’appel 2027 – de décaler de deux ans ma prise de poste, afin de terminer mon précédent postdoctorat. Je suis donc à la troisième et dernière année de ce mandat, qui m’a donné l’opportunité de poursuivre dans les meilleures conditions mes études sur le droit en territoire frontalier.
Tout d’abord, j’ai pu réaliser plusieurs séjours de terrain à la frontière franco-italienne comme à la frontière franco-belge et consacrer une grande partie de mon temps à la récolte et à l’analyse de données.
Ensuite, j’ai pu déployer un nombre conséquent d’activités scientifiques et éditoriales: j’ai pu ainsi publier plusieurs articles durant mon mandat, mais aussi coordonner des projets éditoriaux et organiser des événements scientifiques. En décembre 2024 j’ai par exemple organisé un séminaire international sur la mobilisation du droit en matière migratoire aux frontières européennes qui a fait converger à l’ULB des sociologues, des politologues, des anthropologues, des philosophes et des juristes venant de différents pays européens. A la suite de cette expérience, j’ai coordonné la publication d’un dossier thématique publié en décembre 2025 au sein du numéro 9 de la revue e-legal, la revue électronique à comité de lecture de la Faculté de droit et de criminologie de l’ULB.
Enfin, ce mandat m’a donné l’opportunité de m’inscrire dans un environnement de recherche extrêmement dynamique et enrichissant. J’avais choisi pour mon mandat le Centre de droit public et social en raison des travaux qui y avaient été menés dans le domaine du rapport entre droit et mouvements sociaux. En arrivant, j’ai découvert un centre de recherche extrêmement actif, sincèrement ouvert à l’interdisciplinarité et aux méthodes empiriques et très soutenant surtout à l’égard de ses doctorants et postdoctorants. Au sein de la Faculté j’ai aussi noué plusieurs collaborations avec des membres d’autres centres de recherche - comme le Centre de Recherches Pénalité, Sécurité & Déviances, le Centre de Droit Européen ou encore le Centre d'histoire du droit et d'anthropologie juridique - et pu profiter à plusieurs reprises du soutien de la logisticienne de recherche et des services recherche et communication. Compte tenu de mes thématiques et de mes approches, j’ai enfin établi des liens très enrichissants avec des chercheurs de la Faculté de Philosophie et Sciences Sociales – notamment du GERME, le centre de recherche de l’ULB dédié aux enjeux migratoires, mais aussi du Centre de Théorie Politique et du Centre d’Étude de la Vie Politique – et pu bénéficier de l’expertise remarquable de l’ULB sur les sujets des migrations et des mobilisations sociales.
Le droit et la sociologie, les migrations, les mobilisations : quels sont les principaux défis liés à tes thématiques ?
Un premier défi est lié à la démarche interdisciplinaire de mes travaux : je mets en œuvre une sociologie du droit et des phénomènes juridiques qui est résolument empirique et ancrée dans l’enquête de terrain. Cela demande une solide base théorique et méthodologique en sociologie mais aussi une connaissance des enjeux, des outils et des langages du droit. Cela implique également, et a plus forte raison au sein d’une faculté de droit, de se confronter avec des cadres disciplinaires différents. C’est un dialogue que je trouve passionnant et que j’essaie de pratiquer au quotidien, dans mes produits de recherche mais aussi par exemple en participant aux séminaires de la Faculté et de ses Centres.
Ensuite, mes travaux portent sur des thématiques potentiellement sensibles comme la légalité, l’activisme, la répression... que j’enquête auprès d’individus et de collectifs très divers par leur positionnement social et idéologique. Cette pratique soulève notamment la question des multiples loyautés des chercheurs vis-à-vis de leurs propres valeurs citoyennes, mais aussi de leur institution de rattachement, de leur communauté scientifique et disciplinaire de référence et enfin, surtout, de leurs enquêtés : individus sans lesquels la recherche sociale ne pourrait tout simplement exister. C’est un jeu d’équilibre qui n’est pas toujours confortable, notamment à un moment de l’histoire où les sciences sociales font régulièrement l’objet de délégitimation voire de suspicion, mais qui est aussi à la base de leur rôle social: rôle auquel je crois malgré tout fermement.
Est-ce que tu travailles avec des chercheuses et des chercheurs d’autres universités en Belgique ?
Oui, depuis mon arrivée en 2023 j’ai pu notamment collaborer avec Sophie Klimis, Sylvie Sarolea, Youri Vertongen et Diletta Tatti de l’Université Catholique de Louvain et avec Sophie Andreetta de l’Université de Liège. J’ai aussi lancé un groupe de travail informel en “Droit et mouvements sociaux” qui rassemble depuis le printemps 2025 une dizaine de chercheurs des différentes universités francophones belges. Je participe aux travaux du groupe de contact du F.R.S- FNRS en sociologie du droit, je fais partie du groupe de pilotage du Groupe de Travail en “Droit, justice et politique” de l’Association Belge de Science Politique et je suis membre du comité de rédaction de la revue Émulations, hébergée par l’Université Catholique de Louvain. En dehors de la communauté française j’ai par ailleurs tissé des collaborations avec des collègues de la VUB, de l’Université de Gand et de la KU Leuven.
Pourrais-tu nous parler du workshop international que tu organises en partenariat avec l’Université de Liège et qui aura lieu à l’ULB en mars 2026 ?
Le 5 et 6 mars prochains aura lieu sur le campus Solbosch de l’ULB un workshop international qui croise les études sur les politiques migratoires et celles sur le contentieux. En particulier, ce workshop sera l’occasion pour discuter de manière approfondie de trois thématiques : la place des tribunaux et du contentieux stratégique pour protéger l’effectivité des droits des étrangers et des principes du droit d’asile, les expériences vécues du contentieux lorsqu’on est en situation de migration, les ambivalences du droit comme arme lorsqu’il est manié par des étrangers en situation irrégulière ou par leurs soutiens.
Douze travaux de recherche inédits, venant d’horizons disciplinaires et géographiques différents, y seront présentés en vue de préparer un numéro thématique de revue. J’organise ce workshop avec Julien Pieret, promoteur de mon mandat au sein du CDPS, et avec Sophie Andreetta, chercheuse qualifiée du F.R.S.- FNRS à l’Université de Liège. Plusieurs collègues de l’ULB et d’autres universités belges ont déjà accepté de nous aider dans la tâche en jouant le rôle de discutants et nous aurons l’honneur, grâce notamment au soutien du F.R.S.- FNRS, de recevoir Leïla Kawar de l’Université de Michigan comme Keynote speaker.
Ce workshop est organisé avec le soutien du F.R.S.-FNRS. Pourrais-tu nous partager quelques recommandations si on est à la recherche de financement de ce type ? Quels sont ces avantages ?
Oui, nous avons en effet sollicité et obtenu une aide de type “Organisation d’une réunion scientifique” (code C31) du F.R.S.- FNRS. Cette indemnité permet de couvrir certains frais liés à l’organisation du workshop, dont notamment les frais de voyage et de séjour de conférenciers étrangers mais aussi des frais d’interprétariat ou de secrétariat. Elle ne peut en revanche couvrir des frais de mobilité pour des chercheurs installés en Belgique. Cette aide doit être sollicitée par un membre permanent ou en tout cas nommé à titre définitif du F.R.S.- FNRS ou d’une des universités de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB). Aussi, dans le comité organisateur doit nécessairement siéger une personne qui soit en activité dans une université de la FWB autre que celle du porte-parole, de telle sorte qu’au moins deux universités francophones soient associées à l’organisation de l’événement. Ainsi ce financement est une aide concrète et substantielle pour faciliter les collaborations à la fois inter-universitaires et internationales. Le plus important c’est de s’y prendre à temps : il faut impérativement que la demande soit transmise par le porte-parole au moins quatre mois avant l’événement.
Mis à jour le 2 février 2026