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Le Juge réactionnaire - Appel à contributions

Publié le 9 janvier 2023 Mis à jour le 9 janvier 2023

Les juges, qu’ils soient nationaux, européens ou internationaux, sont souvent présentés comme défenseurs des libertés, voire comme bastions de résistance contre les attaques visant l’État de droit. C’est en ce sens que de nombreux colloques, projets de recherches et ouvrages analysent la figure du juge et son évolution…

Il est ainsi largement admis aujourd’hui que, loin d’être seulement un acteur juridique, celui-ci est aussi un acteur politique, parfois engagé ou activiste, créant le droit par son interprétation évolutive, voire transformatrice, de la loi. En ce sens, le juge est souvent présenté comme vecteur de progrès et de réformes sociales.
Mais plusieurs faits sociaux récents semblent fortement relativiser cette représentation devenue dominante. Qu’il se retranche derrière des principes tels que la légalité, l’interprétation stricte de la loi ou des considérations procédurales, qu’il réduise le droit à la volonté historique du législateur ou qu’il se prévale de la nécessité de protéger ou de rétablir certaines valeurs morales traditionnelles, le juge peut aussi se poser comme un obstacle au progrès ou comme un agent de la réaction. Ainsi, outre-Atlantique, la Cour suprême des États-Unis est revenue sur l’interprétation de la Constitution concernant le droit à l’avortement et la jurisprudence Roe v. Wade[1]. Outre-Atlantique toujours, la même Cour a rendu une décision renforçant le droit de porter des armes[2] et a réduit le pouvoir fédéral en matière de protection de l’environnement[3]. Ces décisions ont défrayé la chronique — politique et juridique —, parfois sur le ton de « comment cela est-il possible ? Ça ne pourrait arriver en Europe ». Mais est-on certain que cela soit le cas ? C’est en tout cas la question que nous souhaitons soulever pour ce dossier de e-legal, Revue de la Faculté de droit et de criminologie.

L’objectif premier de ce dossier est de se demander si les décisions rendues outre-Atlantique connaissent leurs équivalents en Europe, que ce soit devant les juridictions internationales (Cour européenne des droits de l’homme, Cour de justice de l’Union européenne) ou nationales. Pour tenter de garantir une certaine cohérence au projet, la sélection des décisions s’effectuera par référence à la notion de « juge réactionnaire ». Sans s’enfermer dans une définition aux contours trop stricts, on partira de la conception politique généralement admise, selon laquelle la pensée réactionnaire tend à dénoncer la décadence des idées nouvelles pour prôner un retour vers un passé idéalisé. Dans la sphère juridique, alors que le juge a depuis plusieurs décennies été perçu comme un agent d’évolution et de développement des droits individuels, la question est de savoir si se serait opéré un mouvement inverse. À travers une analyse de la pratique, un autre enjeu est de relancer la réflexion sur qualification même de « décision progressiste » ou de « juge, défenseur des libertés » pour en appréhender les rationalités, préjugés et espoirs qui les sous-tendent. C’est dans cette perspective qu’e-legal, la Revue de la Faculté, propose un dossier thématique sur le sujet, ouvert à toutes et tous.

Si vous êtes intéressé.es à participer à ce dossier thématique :

Date de réception des propositions de contribution : avant le 1er mars 2023

Date de réception des articles : avant le 30 juin 2023

Consignes : environ 500 mots ou 3100 caractères espaces compris

Langues : Anglais ou Français

À transmettre par email à Valerie.Thomas@ulb.be

The reactionary judge

Call for Contributions

for a new issue of the e-legal law review

Judges, whether national, European or international, are often presented as defenders of freedoms or even as bastions of resistance against attacks on the rule of law. In this sense, many symposiums, research projects and books analyse the judge’s figure and its evolution. It is thus widely accepted today that, the judge has become a legal  and political actor, at times adopting activist and militant positions, creating law through an evolving and even transformative interpretation of the rules. In this sense, the judge is often presented as a vector of progress and social reform.

But several recent societal facts seem to put this now dominant representation into perspective. Whether it is by hiding behind principles such as legality, strict interpretation of the law or procedural considerations, by reducing the law to the historical will of the legislator or by invoking the need to protect or re-establish certain traditional moral values, judges can also stand as obstacles or agents of resistance to progress. Thus, on the other side of the Atlantic, the United States Supreme Court has gone back on the interpretation of the Constitution established by the Roe v. Wade[4] jurisprudence concerning the right to abortion. Along similar lines, the same Court ruled in favour of strengthening the right to bear arms[5] and reducing federal authority to control the greenhouse effect.[6] These rulings have made headlines – both political and legal – sometimes phrased in terms of ‘How could this happen? This could not happen in Europe.’ But could it not? This is the question we would like to raise in this issue of e-legal, Journal of the Faculty of Law and Criminology.

The first objective of this issue is to ask whether the decisions rendered across the Atlantic have their equivalents in Europe, whether before international courts (European Court of Human Rights, Court of Justice of the European Union) or before national courts. In an attempt to guarantee a certain coherence to the project, the selection of decisions will be made by reference to the notion of ‘reactionary judge’. Without confining ourselves to a too strict definition, we will start from the generally accepted political conception, according to which the reactionary thought tends to denounce the decadence of new ideas and advocate a return to an idealised past.

In the legal field, while the judge has been perceived for several decades, the question is whether a reverse movement has occurred. Through an analysis of practice, another objective is to rethink the very qualification of what constitutes a ‘progressive decision’ or a ‘judge, defender of freedoms’ and to understand the rationalities, prejudices and hopes underlying these concepts. In this perspective e-legal, the Faculty Journal, intends to have a special issue on this topic, with a call for contributions open to all.

If you are interested in participating in this special issue :

Receiving date of the contributions : before March, 1st 2023

Receiving date of the articles : before June, 30th 2023

Specific instruction : approximately 500 words or 3100 characters including spaces

Languages: French or English

To be sent to Valerie.Thomas@ulb.be

 

[1] Voy. Dobbs, State Health Officer of the Mississippi Department of Health, et al. vs Jackson Women’s Health Organization et al., n° 19-1392, juin 2022.

[2] Voy. SCUS, New York State Rifle & Pistol Association Inc. vs Bruen, n° 20-843, juin 2022.

[3] Voy. SCUS, West Virginia vs EPA, n° 20-1530, juin 2022.

[4] See Dobbs, State Health Officer of the Mississippi Department of Health, et al. vs Jackson Women’s Health Organization et al., n° 19-1392, juin 2022.

[5] See SCUS, New York State Rifle & Pistol Association Inc. vs Bruen, n° 20-843, juin 2022.

[6] See SCUS, West Virginia vs EPA, n° 20-1530, juin 2022.